INQUIETUDES ET ALERTES DU COLLECTIF TANY SUR LES ORIENTATIONS AGRICOLES ACTUELLES

  • En ce e Journée Mondiale des Lu es Paysannes, le Collectif TANY reprend son rôle de porte-voix des paysans et
    communautés rurales malagasy afin de mieux faire connaître leurs difficultés, lu es quotidiennes et revendications,
    dans l’espoir que les dirigeants et décideurs de la Refonda on en prennent connaissance et commencent enfin à
    s’occuper de ce e majorité habituellement silencieuse.
    Si les paysans malagasy de la région Alaotra Mangoro, l’un des greniers à riz de Madagascar, sont sortis de leur
    discrétion habituelle et ont fait entendre leur voix dans la rue et dans la presse début 2026, c’est sans doute parce
    que la coupe est pleine. La profusion de riz importé vendu à très bas prix les a obligés à vendre leur produc on à un
    prix inférieur à leur coût de produc on (1). Quelques semaines plus tard, le dernier rapport de la Cour des Comptes
    a révélé le scandale des semences hybrides chinoises importées en grande quantité, distribuées par le régime
    Rajoelina dans la région et dans tout le pays en 2025 sans respect des protocoles de quarantaine, et se révélant
    porteuses de maladies (2). L’existence de telles catastrophes “indépendantes de la volonté des paysans” mais
    pouvant avoir des conséquences négatives à moyen ou long terme nécessite une large média sa on pour que les
    promoteurs de l’agrobusiness souvent pleins de mépris vis-à-vis des paysans malagasy soient conscients des
    réalités.
    Pour collecter davantage d’informations venant du terrain, nous avons demandé à nos partenaires paysans de
    diverses régions de nous transmettre les messages qu’ils souhaitent voir diffusés dans ce communiqué.


1/ L’état des lieux selon les paysans
Pour des raisons d’espace, un condensé des réponses reçues, dont nous remercions les auteurs, est publié ici. Vous
trouverez les informations détaillées en annexe du communiqué sur notre site web et notre page Facebook.
Les paysans malagasy constatent que, malgré le fait qu’ils représentent près de 80 % de la population, ils ne
cons tuent pas une priorité pour les gouvernements successifs, comme en témoigne le très faible budget alloué au
secteur agricole. Dans un contexte de changement climatique marqué par la raréfaction et l’irrégularité des
précipitations, la produc on agricole est fortement perturbée, d’autant plus que les agriculteurs manquent de
matériel, d’intrants et d’accompagnement technique.
À ces difficultés s’ajoutent des problèmes d’accès à l’eau, souvent rare ou coûteuse. Les paysans n’ont pas les moyens
de construire des barrages et de maîtriser leur irrigation, cela limite fortement leurs capacités de production. Les
conditions climatiques extrêmes provoquant un manque de fourrage affectent également l’élevage. Dans certaines
régions, ce e situa on entraîne une insécurité alimentaire croissante, obligeant les ménages à réduire leur
alimenta on, et même à arrêter la scolarisa on des enfants.

Par ailleurs, les paysans sont confrontés à une insécurité généralisée, marquée par les vols de récoltes et de bétail,
ainsi qu’à des difficultés majeures pour acheminer leurs produits vers les marchés en raison du mauvais état des
routes, ce qui les contraint à vendre à des prix très bas, souvent inférieurs aux coûts de production.
Ils dénoncent également des pressions foncières importantes, notamment les accaparements de terres et les
expropriations, parfois au profit d’investisseurs, créant une concurrence inégale et réduisant leur autonomie. Cette
situation est aggravée par un accès à des crédits à des taux très élevés et par des relations commerciales
déséquilibrées, où leur faible pouvoir de négocia on est exploité.
Enfin, les paysans soulignent leur marginalisation persistante, le manque de reconnaissance de leur rôle essentiel,
ainsi que des partenariats et projets dont les bénéfices profitent souvent à une minorité, au détriment de l’ensemble
de la communauté locale théoriquement bénéficiaire. Des cas d’abus de pouvoir ont été signalés.

Cet état des lieux venant de quelques régions montre une précarité multidimensionnelle des paysans.


2. Les commentaires et attentes vigilantes du Collectif TANY
La tendance des dirigeants malgaches successifs à accorder leur confiance uniquement à l’agrobusiness, C’est-à-dire à l’agriculture effectuée par des entreprises, qui n’a pas donné les effets escomptés dans l’autosuffisance
alimentaire jusqu’à présent. Hélas, les dirigeants actuels semblent prendre le même chemin. Le document de
cadrage opérationnel de la Politique Générale de l’Etat – Refondation récemment à l’Assemblée Nationale ne cite
même pas les Ministères de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche parmi les structures importantes. La mention
de l’agriculture uniquement dans le cadre Ministère chargé du secteur privé constitue un choix de politique publique
dangereux pour la souveraineté alimentaire. La situation actuelle étant déjà critique (3), une telle politique publique
ne favorise-t-elle pas l’accélération de la survenue d’émeutes de la faim, comme l’ont connu de nombreux pays vers
les années 2008, d’autant plus que le contexte international actuel risque de mener à une crise alimentaire et
financière similaires ?
La dizaine de projets financés par divers organismes internationaux exposée dans le site web du Ministère de
l’Agriculture et de la Souveraineté Alimentaire, qui ont le mérite d’exister, n’impliquent pas l’ensemble du pays, la
coordination de ces projets disparates et à durée limitée, ne peuvent pas remplacer une poli que responsable des
dirigeants et décideurs mise en place avec l’implication à toutes les étapes, des paysans malagasy, qui constituent la
majorité de la population et possèdent diverses expériences et savoir-faire.
A propos de projet, le Collectif TANY espère fortement que les hauts responsables de l’Etat résoudront rapidement
et de la manière la plus juste vis-à-vis des droits des 4.000 paysans, les problèmes fonciers graves provoqués par les
décisions très discutables du Comité d’Attribution des Terres du projet Bas-Mangoky financé par la Banque Africaine
de Développement, qui concernent 5.000 ha environ (4).
Les risques d’accaparement des terres des paysans tels que la Zone Franche Internationale Touristique en
collabora on avec les Emirats Arabes Unis (EAU) et ceux engendrés par les nombreux contrats signés par les
nouveaux dirigeants à Abu Dhabi en janvier 2026 n’ont toujours pas fait l’objet de partage d’informations et de
transparence par les chargés de communication de la République de la Refondation. Des communautés locales
attendent avec inquiétude les annonces sur la localisation, le contenu exact et le démarrage de l’énorme projet convenu entre l’équipe de la Refondation et le groupe Eternal Tsingshan Holdings qui aurait été présenté à la
Primature à Ambohitsorohitra le 6 février 2026. Ces nouveaux projets cumuleront les terres attribuées par location
ou autres modalités gagnant-perdant à des investisseurs étrangers, alors que des entreprises telles que JTF
Madagascar alias Tozzi Green continuent à convoiter de nouveaux milliers d’hectares dans diverses régions de l’île,
selon les échos qui nous parviennent. Pendant ce temps, les paysans malagasy manquent de terres et les fausses solutions proposées aux jeunes Malagasy telles que les “ titres verts” n’ont pas démontré leur succès.
Quant au changement climatique que les fervents par sans du marché carbone disent vouloir atténuer grâce à la
plantation d’arbres, la publica on d’un chercheur a identifié 894.000 ha de superficie de terres malagasy occupées
par les projets de compensation carbone en juillet 2025 (5). Mais de nouveaux projets s’installent. Ces projets
“n’atténuent pas le changement climatique” puisqu’ils servent de prétexte aux grandes entreprises pour continuer à
polluer et ils n’apportent pas de “développement socio-économique” puisqu’ils accaparent des terres des paysans.
Par ailleurs, la répartition des crédits-carbone entre l’entreprise pour 85% , l’Etat pour 8% et les communautés pour
7%, réglementée par le décret 2025-626, ne développe que le profit des entreprises concernées.
Conclusion
Les paysans malagasy travaillent dur mais ne gagnent pas un revenu digne proportionnel à leurs efforts et leurs droits
fondamentaux sont souvent bafoués. Ils doivent lutter tous les jours pour la subsistance de leurs ménages mais aussi
pour vendre leur surplus au marché afin de nourrir la population, notamment les citadins. L’avenir du pays dépend
de leur développement et de leurs capacités de production, de transformation et de commercialisation que les
dirigeants doivent soutenir et renforcer.
Nous appelons à porter un regard critique sur les semences hybrides chinoises et toutes les semences industrielles
afin de sauvegarder l’autonomie des paysans et la souveraineté alimentaire des Malagasy.                 

        17 avril 2026

        Collectiff pour la défense des terres malgaches – TANY
        patrimoine.malagasy@gmail.com;  http://terresmalgaches.info;   Facebook: TANYterresmalgaches ;
        X ex-Twitter@CollectifTany ; Instagram : collectif tany ; BlueSky : @collectiftany

Références
(1) https://www.moov.mg/ar cle/112850-alaotra-legouvernement-entre-sur-le-marche-pour-sauver-les-paysans#body2;

https://newsmada.com/2026/03/13/eco-breves239/#:~:text=Les%20paysans%20d’Alaotra%20Mangoro%20sont,du%20riz%20dans%20cee%20r%C3%A9gion.&text=Ils%20ont%20ainsi%20bloqu%C3%A9%20la,des%20intrants%20agricoles%20demeure%20%C3%A9lev%C3%A9;
https://2424.mg/ambatondrazaka-les-forces-de-lordre-deployees-a-vohidiala-pour-retablir-la-circula on-apres-une-manifesta on-des
agriculteurs/
(2) https://www.rfi.fr/fr/afrique/20260324-madagascar-un-scandale-d-%C3%A9tat-autour-des-semences-contamin%C3%A9es
r%C3%A9v%C3%A9l%C3%A9-par-la-cour-des-comptes
(3)https://www.rfi.fr/fr/afrique/20260402-ins%C3%A9curit%C3%A9-alimentaire-madagascar-1-8-million-de-personnes-situa on
pr%C3%A9occupante-pam
(4) PPM – Madagascar
(5) h ps://theconversa on.com/madagascar-le-marche-de-compensa on-carbone-en-pleine-emergence-261480